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2010/04/05 - Méditation-orgue du lundi pascal

Category: Partages spirituels proposés en paroisse
Créé le lundi 5 avril 2010 14:21

Franz Liszt, Ad nos salutarem undam  
(parmi les plus grandes pièces d'orgue, 45 min)
Le texte est lu en écoutant la musique jouée par Y. Daguerre
Église de la Collégiale St Martin, Montmorency

 

Le torrent en furie dévale le flan raviné de la haute montagne. Des milliers de mètres cube d'eau se déversent en un clin d'œil. Ils trouvent le chemin sans donner dans le détail. 

 

Enivrant spectacle pour les passants médusés. Ils n'ont rien de promeneurs insouciants. Gambader sur les collines et admirer toutes sortes de déversoirs de la matière liquide n'est  pas,  semble-t-il, leur préoccupation du moment.  

 

Le torrent en furie.....   Puis un palier, une douce rétention naturelle. Les rayons de soleil jouent sur le plan d'eau presque immobile. Mais en s'approchant de l'autre bord, le mouvement reprend de la vigueur. Non, c'est une fausse alerte. L'eau naguère en furie  fait le tour du lac majeur. Et elle se laisse regarder par les profondeurs remplies d'une eau qui, elle, ne bouge pas. C'est presque glaçant à y penser. Cette eau-là y est si froide, et depuis si longtemps.

 

Les eaux du bas regardent les eaux du haut. Sous l'aspect immobile et glacé la furie s'empare du Léviathan qui dort. Mais il n'est pas là pour dormir. Il est là pour agir.

 

Elles, les eaux du haut et les eaux du bas, avaient tout pour s'entendre ou presque :

 

Les mêmes molécules,
Mais pas la même clarté ;

 

La même gravitation,
Mais pas la même gravité ;

 

La même fluidité,
Mais pas la même agilité ;

 

Les eaux du bas regardent les eaux du haut. Et si l'on pouvait s'entendre ? Nous sommes des gémeaux, comme deux gouttes d'eau. A s'y méprendre.    

 

Le tour du vautour
Au diamant noir de ses ailes
Dessine une courbe dans l'azur.
Le ciel semble s'en émouvoir
Tellement sont prises d'admiration
Les eaux du haut et les eaux du bas
Tout y est clair
Tout y est limpide.

 

Pendant ce temps, le temps n'a pas pris une ride.

 

Tant que le vautour est regardé par les eaux du haut et les eaux du bas,
Il ne semble pas tourner à vide. 

 

Les eaux entremêlées s'en trouvent dans une connivence solide.
Elles ne bougent plus, elles sont immuables, bien que liquides.     

 

La tranquillité, hélas ! ne dure qu'un temps. 

 

-Molécule ! - le mot sonne désormais comme une injure,
-Pousse-toi ! que je m'y mette ! J'arrive d'en haut vers le bas
N'est-ce pas trop que cela dure, n'est-ce pas ?
-Et pourquoi cela ne durerait-il pas ?
-Pourquoi ?

 

Parce que tant d'autres se précipitent d'en haut vers le bas.
Tous perdus dans la chute,
car se réveille le Léviathan qui dormait dans les eaux profondes.
Est-ce aussi le regard posé sur les eaux précipitées d'en haut vers le bas  qui les entraîne dans la chute?
Le regard de qui, de quelle complaisance ?
 Le regard des eaux tranquilles reposant sur la surface du lac majeur de la vie qui dort soutenu par les autres eaux, celles du bas. 

 

Et le vautour transformable à souhait en colombe de la paix !
Du pareil au même, tout se vaut, Tout ? Tout de même ! 

 

Séparez-nous ! Se mettent à soupirer, chuchoter les eaux du haut qui viennent rejoindre les eaux du bas. Nous ne pouvons pas rester sous ces regards glacés qui nous figent, qui nous apostrophent et nous fustigent, qui nous arnaquent pour nous emprisonner dans leurs vertiges des profondeurs de ce qui ne va pas.
Nous devons échapper à l'emprise de leur mortifère mainmise !

 

Le vautour n'a rien demandé
Il était là, immobile dans ses desseins
Et moi, aphone, j'ai envoyé dans les profondeurs muettes de mon être ces tralala !

 

Et depuis, sans faire de vagues, ni confus, ni anesthésié, j'apprends à nager dans les eaux tranquilles, sans réveiller le Léviathan, cet épouvantail qui n'indique pas la direction du vent, mais qui non plus ne me tenaille. 

 

 

La même fluidité,
Mais pas la même agilité ;

 

Les eaux du bas regardent les eaux du haut. Et si l’on pouvait s’entendre ? Nous sommes des gémeaux, comme deux gouttes d’eau. A s’y méprendre.   

 

Le tour du vautour
Au diamant noir de ses ailes
Dessine une courbe dans l’azur.
Le ciel semble s’en émouvoir
Tellement sont prises d’admiration
Les eaux du haut et les eaux du bas
Tout y est clair
Tout y est limpide.

 

Pendant ce temps, le temps n’a pas pris une ride.

 

Tant que le vautour est regardé par les eaux du haut et les eaux du bas,
Il ne semble pas tourner à vide.

 

Les eaux entremêlées s’en trouvent dans une connivence solide.
Elles ne bougent plus, elles sont immuables, bien que liquides.    

 

La tranquillité, hélas ! ne dure qu’un temps.

 

-Molécule ! - le mot sonne désormais comme une injure,
-Pousse-toi ! que je m’y mette ! J’arrive d’en haut vers le bas
N’est-ce pas trop que cela dure, n’est-ce pas ?
-Et pourquoi cela ne durerait-il pas ?
-Pourquoi ?

 

Parce que tant d’autres se précipitent d’en haut vers le bas.
Tous perdus dans la chute,
car se réveille le Léviathan qui dormait dans les eaux profondes.
Est-ce aussi le regard posé sur les eaux précipitées d’en haut vers le bas  qui les entraîne dans la chute?
Le regard de qui, de quelle complaisance ?
 Le regard des eaux tranquilles reposant sur la surface du lac majeur de la vie qui dort soutenu par les autres eaux, celles du bas.

 

Et le vautour transformable à souhait en colombe de la paix !
Du pareil au même, tout se vaut, Tout ? Tout de même !

 

Séparez-nous ! Se mettent à soupirer, chuchoter les eaux du haut qui viennent rejoindre les eaux du bas. Nous ne pouvons pas rester sous ces regards glacés qui nous figent, qui nous apostrophent et nous fustigent, qui nous arnaquent pour nous emprisonner dans leurs vertiges des profondeurs de ce qui ne va pas.
Nous devons échapper à l’emprise de leur mortifère mainmise !

 

Le vautour n’a rien demandé
Il était là, immobile dans ses desseins
Et moi, aphone, j’ai envoyé dans les profondeurs muettes de mon être ces tralala !

 

Et depuis, sans faire de vagues, ni confus, ni anesthésié, j’apprends à nager dans les eaux tranquilles, sans réveiller le Léviathan, cet épouvantail qui n’indique pas la direction du vent, mais qui non plus ne me tenaille. 

 

2009/04/11, Pâques - Concert-méditation du lundi pascal

Category: Partages spirituels proposés en paroisse
Créé le samedi 11 avril 2009 12:05

INTRO

Ces jours derniers ont été marqués par les célébrations qui font coeur de la foi chrétienne.
Tout en faisant coeur de la foi chrétienne, ces jours derniers font corps avec nos vies.
D’abord il y a eu trois jours pour plonger tout au fond de l’être chrétien.
Dans la vie puis dans la mort, le corps humain accueille ce qui fait le coeur de sa foi.
Origine et fin s’y confondent au point de ne plus savoir qui alimente qui.

 

Jeudi Saint !

« Ceci est mon corps » mémorial d’un peuple né de sa libération de l’esclavage.
De quel esclavage ce mémorial pourrait-il bien me libérer ? Le voyage au fond de la libération est long, coûteux et périlleux. A force de vouloir faire, ne risque- t-on pas d’aggraver la situation en creusant des galléries des esclavages nouveaux  qui comme des labyrinthes vont être des impasses encore plus  graves que celui que l’on voudrait dépasser ? Là aussi, dans la vie pour le désir de la libération et dans la mort pour le constat d’esclavage, que le corps humain accueille ce qui fait le coeur de sa foi.     

« Ceci est mon corps » le sien, au Christ, pas le mien plein du vide des galléries souterraines de mon être. Son corps vient colmater les galléries souterraines de mon être.  Il ne peut qu’être plein de vie et d’amour, je reçois cela comme un appel à la vie, la mienne, dans la mesure où je l’accueille dans le creux des mes vides.

« Ceci est mon corps »

et cela est le mien.

Ceci est sa vie et cela est la mienne
Ceci est la vie toute donnée et vouée au partage, aussi vouée que  les  mauvais calcules sont vouées à l’échec.

Jeudi saint ne me dit rien de ma sainteté, il dit tout de la sainteté du corps du Christ qui se donne.

Tout amour donné et partagé du Christ prend corps dans le mien.

 

Vendredi saint !

Pas seulement tout amour est donné, c’est tout corps qui est donné.
« Il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort (Ph 2)
Donné et voué, voué au partage et aussi aux mauvais calcules.
En est né une dévotion morbide : faire des calcules de la somme des souffrances du corps tout donné et dépouillé.   La laideur du dépouillé se confond avec la laideur des dépouillants.

 

Samedi saint

Qu’est-ce que l’on fait d’un corps mort, on le dépose pour qu’il repose et nous laisse en paix.
Qui a peur du tombeau ? Seulement les vivants, or les tombeaux ne sont pas destinés aux vivants (normalement), mais aux morts. Pourquoi avoir peur du tombeau ? Et pourquoi pas avoir peur de l’amour mort avec le corps mort ? C’est l’amour qui est bel et bien mort, ce n’est pas le corps lui qui est voué à porter la mort de l’amour. Rien d’apaisant dans les soins cosmétiques posthumes et leur coût  ne réduit pas le dégoût pour la non-vie que l’amour mort porte dans le corps mort. 

Samedi saint, c’est le jour le plus laid de l’histoire de la semaine  qui se veut sainte. La sainte vie, oui, surtout à cause de la sainteté de Dieu, mais la sainte mort ?  Ce n’est pas dans la tempête que la laideur offre son plus beau spectacle, c’est dans le faut calme de l’après.  Sous la croûte terrestre endormie tout autant qu’endolorie se niche le corps qui accueille la mort. Il accueille la mort, car ne peut plus accueillir l’amour que l’on a enterré dans le corps et le corps dans la terre. Et la terre dans quoi est-elle enterrée ?  Si résurrection il n’y a pas, c’est sans intérêt.    

 

Trois jours sont passés,

le quatrième est aussi arrivé, personne ne l’a vu venir.
Signal trop faible pour les oreilles habituées aux déversements automatiques sur compte de l’abroutissement durable.
Signal trop faible pour les yeux qui ne voient pas ce qu’ils ont l’habitude de voir : du gris et du noir sous le fond des couleurs de l’arc-en-ciel que plus personne ne décode comme bonne nouvelle.
Signal trop faible pour  les coeurs qui battent et se débattent avec  le doute sur la qualité de la voûte céleste qui n’est plus au dessus de nos têtes mais sous nos pieds et se dérobe comme un opprobre jeté sur l’humanité.

Signal trop fort  pour les âmes trop sensibles pour qui  tout et rien est nuisible. C’est par amour qu’ils sont déjà morts.


Trop faible ou trop fort, aujourd’hui le cinquième jour, nous sommes sous un sémaphore.
     


 

2008/03/23, Pâques - Concert-méditation du dimanche pascal

Category: Partages spirituels proposés en paroisse
Créé le dimanche 23 mars 2008 13:06

Église de la Collégiale Saint-Martin (Montmorency).

En deux parties, la première à partir d’une interrogation et la seconde à partir d’une affirmation.


1. Une interrogation :

Pourquoi le commerce a du mal à se saisir de la fête de la Résurrection ?


Les œufs de Pâques et les cloches en chocolats, c’est à peu prêt tout ce qui reste. L’éditorial de la feuille de l’assemblée paroissiale pour ce dimanche de Pâques  contient la description détaillée de la tradition russe en matière d’œufs de Pâques. Dans la Pologne de mon enfance on fabriquait aussi à la maison, l’agneau pascal en beurre à partir d’un moule. Tout cela ne pèse cependant pas lourd comparé à ce qui se passe pour Noël.

Des pommades pour freiner le vieillissement de la peau et les bains de jouvence n’ont pas besoin d’un support pareil.

Ce qui tue la pub commerciale, c’est l’éternité. Vous n’imaginez pas que l’on fasse de la pub pour le transport aérien, éthéré d’un bout d’éternité à l’autre, d’un endroit du ciel, du paradis à un autre.

C’est Dieu qui tue la pub(licité) car il fournit les moyens de locomotion à tous et ceci gratuitement. Il le donne à tout moment (si l’on peut se permettre de parler ainsi en appliquant à l’éternité le mot « moment » en question). Il le donne à tout moment et de plus, pour toujours (dans le cas de l’éternité c’est déjà mieux d’en parler ainsi). Il le donne donc à tout moment, pour toujours et surtout sans usure ! Pas de chromosome de vieillissement dans ce qu’il donne, pas de détérioration possible ni par effritement mécanique ni par éviction volontaire.

Sans usure ! C’est surtout là que cela cloche !

Vendre des produits (les moyens de transports en sont le symbole), inusables, c’est ne les vendre qu’une fois.  C’est justement ce que Dieu fait. Même s’il ne les vend pas, car il les offre.

Encore un piège pour la pub(licité) commerciale. Pour Dieu tout est offert, alors que nous voudrions en acheter. A quel prix, d’ailleurs, puisque dans le commerce divin, si l’on se tient au mot « commerce » qui est légitime dans la théologie et qui veut précisément dire l’échange gratuit des grâces qui ne sont que des cadeaux, il n’y a  pas de monnaie d’échange.

Et de l’autre côté, pour la pub commerciale (l’adjectif est presque une injure car dans la quasi majorité des cas, une redondance), donc pour la pub commerciale tout est à vendre même si ceci est presque toujours présenté sous forme d’une offre, comme si c’était offert, ce qui veut dire gratuit. Regardez bien toutes les promotions qui génèrent tant d’émotions. L’offre se présente sous forme de rabais de 10 %, de 30 %, de 50 %, 80 % . Et quand cela atteint quasiment 100 %  ça devient suspect, tout au moins pour les experts en achats, les avertis de la promotion que nous sommes, vous et moi, car les autres…. 

Dieu ne vend rien, il se donne. Il ne brade rien pour autant. Alors que la promotion commerciale n’est qu’une super- méga- braderie. Comme quoi, il y a des mots dont l’honnêteté dérange et que l’on met au panier, des produits langagiers oubliés, désuets, usés et donc à ne pas « ressusciter », assurément « braderie » en fait partie.

Dieu offre sa vie, mais il y a une astuce de sa part, que beaucoup n’arrivent pas à voir, car c’est écrit en tout petit sur l’emballage de la livraison de nos vies. Et les myopies de toutes sortes, y compris celle qui parfois vient avec l’âge, tout ceci n’arrange rien. Car Dieu n’offre ce cadeau qu’à l’intérieur de notre vie, vie quasi toute marquée par les règles commerciales selon lesquelles tout s’achètent.

A nous de voir si tout s’achète, y compris la mort, y compris la vie. C’est à nous de savoir que ce n’est pas vrai. Et c’est aussi à nous de voir quel est le prix pour s’en apercevoir, pour le voir et ayant acquis un tel savoir se maintenir à flot de son avoir.                      

 

 2. Un constat :

La séparation est fondatrice.  


La séparation est fondatrice des relations. Le rabbin Neusner et Benoît XVI  (« Jésus de Nazareth ») vont dans le même sens. Comprendre ce qui fait la différence entre les juifs et les chrétiens c’est se comprendre soi même.  C’est seulement à la base d’une telle attitude que la relation véritable, relation de respect de la différence, est possible.

Jésus,  dans la passion,  entre dans la mort. La mort, il l’a connaît par sa passion,  Il la « comprend », il la connaît de l’intérieur de lui-même et de l’intérieur d’elle-même. Tout en traversant la mort il ne la connaît que de son vivant, c’est-à-dire dans sa passion. Ce qui était séparé entre Dieu –source de la vie- et les hommes, voire la création  toute entière, -vouée à la mort- désormais est uni en Christ. Uni, car  la passion et la mort du Christ conduisent à la Résurrection. Le Christ qui désormais, de par  sa propre existence, connaît ce qu’est la mort, lui, le Christ qui connaît ce qu’est la vie en Dieu, participant à la nature divine en tant que Fils qui  a tout reçu du Père, désormais, en connaissant la vie et la mort séparément, peut les assumer ensemble dans sa propre vie.

La résurrection a ceci de lumineux pour nous les chrétiens, qu’elle nous fait entrer dans la vie humaine par  une grande porte. Quelle est cette grande porte, sinon celle qu’ouvre l’aveu du péché. Péché, qui entraîne à la mort, mais qui  ainsi, dans un tel aveu posé devant Dieu, ouvre un avenir toujours possible. En effet la Bible n’envisageant jamais le mal, le péché, autrement que « devant Dieu »  elle pointe le regard sur  cette espérance. C’est alors que l’on se rend compte que l’idéologie de l’innocence  n’est pas une bonne issue, car cette idéologie n’a jamais protégé l’homme contre les barbaries, contre la déshumanisation, contre la minéralisation, contre la fossilisation de morts vivants. 

Le Christ ressuscité éclaire comment la mort et la vie, comment le péché et la grâce, tout en étant diamétralement opposés l’un à l’autre, et c’est pour cela qu’on les distingue, et en même temps étant liés l’un à l’autre, comment  ils sont  des vecteurs  de la Vérité de la Vie dans l’Amour. La Résurrection est  la source et le miroir  de la Force qui tout en permettant de séparer la vie de la mort, les « associe » dans l’œuvre du salut.
  

2007/04/08, Pâques - Concert-méditation - HOMMAGE A BERNARD ET A PIERRE

Category: Partages spirituels proposés en paroisse
Créé le dimanche 8 avril 2007 10:16


Église de la Collégiale Saint-Martin (Montmorency).

Musique : messe de Nicolas de Grigny par Yannick Daguerre,
Texte. Rémy Kurowski


 

I. Intro :

 

Bernard était organiste à Groslay.
A l'âge de 8 ans il a perdu la vue.
Le cancer en était la cause.
Cinquante ans plus tard il en est mort.
Depuis plus d'un mois il n'est plus.

 

La cécité l'a fait plonger dans l'obscurité.
Apprendre à voir autrement est devenu indispensable.

L'Abbé Pierre est décédé un mois avant Bernard, en janvier.


Tous les deux vivaient dans une foi profonde qui les animaient et dictaient leurs actes.

Espérer n'était pas pour eux une réalité à remettre à plus tard.

 


II. LA RESSURECTION DES ECLOPES

Quand vous n'avez plus d'yeux pour voir, vous en avez pour pleurer. Mais, Vous avez encore des oreilles pour entendre. Et quand vous n'avez ni yeux ni oreilles, vous n'avez ni parole ni visage.
Vous n'êtes que le lien de passage où comme un cratère béant se loge le souvenir d'une explosion géante qui Vous a mutilé.
Qu'est-ce qu'il vous reste ? Des yeux pour pleurer et un peu d'espace sur votre peau (deux mètres carrés en moyenne) pour porter votre masque. Vous, vous le savez, vous êtes vivant tant que vous portez ce masque, vous êtes vivant tant que vous portez ce masque, vous portez ce masque de la mort, alors que vous êtes vivant. La dense rituelle du masque de mort ne s'arrêtera jamais. Tant que vous êtes vivant !
Ce masque vous protégera des autres qui ne sont pas comme vous, eux qui ne sont qu'à quelques instants de pensée… surtout de la vôtre, parce que la leur est ailleurs.
Ils sont à quelques instants de Votre pensée quand vous êtes mutilés de l'extérieur, eh, oui, ce qui reste pour vous c'est la pensée.

Oui, peut-être, vous pensez… surtout en ces quelques moments quand elle se présente, elle la pensée, dans sa bienveillance généreuse pour attirer ou éloigner - allez savoir! - cette forme d'existence la plus hideuse qu'est la mutilation.
Oui, peut-être qu'elle existe vraiment, la pensée et qu'elle vient même de l'intérieure, mais elle n'est que l'expression d'un oiseau qui déploie ses ailes, alors qu'il n'en a pas et d'un poisson qui nage à sec.
Oui, pensée peut-être, mais bien plus encore et toujours de plus en plus, quand vous êtes mutilés de l'extérieur. Etre mutilé de l'extérieur c'est peut-être aussi, être comme le cratère d'un volcan qui ouvre le chemin de Votre vie tout en y attirant Vous-même et les curieux qui s'y penchent avec religiosité onctueuse, angoissés à l'idée qu'ils pourraient un jour peut-être, bel et bien eux aussi, comme vous, qui jadis étiez tout entier, désormais ne plus l'être.

Eux, les autres, ils sont à quelques instants de chez vous, à la distance d'une pensée bien-veillante. Ils sont là, Vous regardent, vous considèrent, vous dévisagent, vous sidèrent.
Vous n'avez aucune défense. Vous êtes là, livrés à leur seul bon plaisir d'être à vos côtés, ou ne pas être.
Ils sont là, ils vous touchent, ils vous frôlent ; est-ce pour être sûrs de ne rien oublier de vous-même ? Oh, non, pas par charité, encore moins par vanité! Ils sont là et vous frôlent pour être sûrs de ne rien oublier de ce que vous êtes parce que un jour peut-être ils pourraient être comme vous.
Ils vous circonscrivent, ils vous inscrivent, ils vous amarrent à l'autre rive pour éviter toute sorte de maladresse, comme celle d'une bouteille avec son message à la dérive.

Quand vous êtes mutilés du dehors, Vous ne sortez pas de chez vous, car vous êtes vite dehors.
Tous les mutilés du dehors et ceux du dedans aussi, les uns comme les autres, ils ont signé pour la vie sur cette terre et dans leur chaire, ils ont signé pour la vie, ils ont signé un pacte avec la mort. Et elle les aura un jour. Et eux, ils vont tenir jusqu'à la lâchée de blanches colombes.

C'est ça, la Résurrection ?

 


III. BERNARD ET SON CHIEN

Les chiens de St Bernard sont robustes, calmes et efficaces ;
Bernard avait un chien comme un saint.
Bernard avait un labrador
L'un comprenait, l'autre avait pour comprendre ;
L'un venait, l'autre avait pour prendre ;
L'un se penchait, l'autre avait pour rendre.

Bernard avait un chien qui fréquentait l'église assidûment, écoutait de la musique religieusement et dérangeait personne royalement.

Bernard avait un chien, un serviteur, un serviteur du serviteur.
L'on se comprend bien entre serviteurs !
Disait l'un à l'autre.
Et on se le disant, il ne faisait pas de grande littérature : juste quelques mots simples, doux et gentils, qui se comprenaient à mi-mot, à mi doux et à mi-gentil.

Bernard avait un chien.
Saint Bernard priez pour nous !

 


IV. BERNARD ET PIERRE

Je ne sais pas si Bernard a rencontré l'abbé Pierre.
Mais ils ont eu quelque chose en commun.
Tout comme Bernard qui depuis qu'il a perdu la Vue, et il ne l'a plus jamais retrouvé de l'extérieur de son corps ;
L'Abbé Pierre depuis qu'il a perdu la Vie pour le Christ, il n'a plus jamais retrouvé l'intérieur de la Cathédrale Notre-Dame de Paris.
L'un et l'autre sont morts.
Bernard a recouvert à part entière toute sa dignité du membre de Corps du Christ
Et dans la grande cathédrale fût accueilli le corps mort de l'autre.
Les deux pour la résurrection bienheureuse si douloureusement par notre Seigneur Jésus-Christ acquise qui leur fut promise comme elle l'est pour nous, pour toujours et de partout.


Ainsi soit-il ! Ainsi soit le grand silence !

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