Site web Rémy Kurowski - 2017/10/16 - Méditation personnelle - Décompte macabre.

2017/10/16 - Méditation personnelle - Décompte macabre.

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Le sort ne l'a pas épargné. Il ne pouvait pas cacher sa bosse qui le rapetissait encore plus. Toutes les tuiles lui tombaient du ciel formé par les toits des autres. Lui, il n'en avait souvent pas. Et quand il en avait un de passage et de fortune, celui-ci ne le protégeait que sommairement et lui offrait un sentiment de... plus que la réalité de... 
Depuis toujours, il savait se battre de toutes ses forces, certes, mal employées, avec des fuites d'énergies considérables. Plus tard, les mêmes fuites, il s'employait toujours à les vaincre de toutes ses forces. Ces dernières, rapetissaient aussi et diminuaient au point  de l'obliger à devoir assurer le juste minimum vital. Le minimum, il ne connaissait que cela et depuis toujours. Mais tout en le pressentant, il ne pouvait pas imaginer concrètement à quoi ressemblerait ce minimum lorsque les forces se décrocheraient de lui tels les pans entiers du glacier de la croûte aquatique givrée de son existence se décrochant en faisant diminuer son réservoir de vivre, le garde-manger bien à lui, bien gardé autant que cela se pût. Et en toute évidence il n'en pouvait plus. Depuis quand? Depuis tant, depuis toujours.


Après toutes les phases de colère et de résignation qui gagnaient son espace vitale en mettant de l'ombre sur sa vie sans couleur, il était de plus en plus inaudible et silencieux. Puis était arrivée une autre phase  dont il n'avait aucune idée de l’existence, et encore moins l'idée de la possibilité qu'elle fasse partie de sa vie à lui. Crier ou se taire, il a toujours su à quoi cela pouvait ressembler. Mais ce sentiment là, il n'aurait jamais pu imaginer que cela pût exister et encore moins  à quoi cela pourrait  ressembler. Il s'y sentait comme congelé de l’intérieur. Il n'y avait que néant sans aucune forme de présence de quoi que ce soit qu'il aurait connu avant. Cela désormais faisait partie de lui. Il en était juste le thermomètre. Il ne pouvait même pas dire qu'il se sentait étrange. Car étrangement il ne sentait rien. Un néant qui glace tout et prend dans son étau la vie qui bientôt ne sera plus. Ni étrange ni bizarre, juste être là. Tant qu'il pouvait le constater, il était en vie. Il y était en s'en allant à dormir dans la crevasse d'un glacier choisie pour lit. Et le thermomètre à mourir avec lui. Nous en avons trouvé la trace sur le glacier de nos vies.